Peu d’artistes maîtrisent l’art de raconter des histoires à travers les textiles aussi bien que Carolyn Mazloomi. Sa carrière aux multiples facettes allie harmonieusement la précision de l’ingénierie à la profondeur expressive de l’art textile. Avec ses quilts, elle transforme le tissu en récits visuels complexes qui relatent l’expérience afro-américaine.

Grâce à son utilisation audacieuse des tons noirs et blancs, Carolyn Mazloomi crée un langage de contraste – mémoire et modernité, lutte et résilience. Ses œuvres, à la fois intimes et vastes, invitent les spectateurs à pénétrer dans les profondeurs texturées de l’histoire, en explorant les thèmes de l’identité, de l’héritage et de la persévérance grâce au pouvoir du fil et de l’aiguille.

Née en 1948 à Baton Rouge, en Louisiane, Carolyn Mazloomi ne se destinait pas à devenir artiste. Elle a commencé sa carrière dans l’ingénierie aérospatiale, un domaine qui exige précision, structure et une grande attention aux détails – des qualités qui définiront plus tard son approche de l’art textile. Pourtant, malgré sa formation technique, Carolyn Mazloomi a été attirée par le quilting en tant que moyen de raconter des histoires. Sa rencontre avec un quilt des Appalaches sur un marché de Dallas au début des années 1970 a déclenché un éveil artistique, l’amenant à explorer le tissu comme véhicule de documentation historique et d’expression personnelle.

Les quilts de Carolyn Mazloomi font office d’archives culturelles, documentant les moments clés de l’histoire afro-américaine. À travers des coutures complexes et des compositions superposées, elle capture les luttes et les triomphes des générations. Son utilisation du noir et du blanc est particulièrement frappante, soulignant les dualités dans son travail : joie et tristesse, présence et absence, oppression et libération. Des pièces comme While We Were Sleeping illustrent cette interaction dynamique, où les ombres et la lumière évoquent le poids de l’histoire et ses répercussions actuelles. L’absence de couleur force la concentration sur le sujet, faisant de chaque point une déclaration, chaque contraste un reflet des complexités historiques.

Pour Carolyn Mazloomi, le noir et le blanc sont plus que des choix esthétiques ; ce sont des symboles. Le noir, profond et énigmatique, représente l’histoire, la douleur et la résilience, tandis que le blanc illumine l’espoir et le renouveau. Cette interaction imprègne ses courtepointes d’une profondeur émotionnelle, transformant le tissu en un support de souvenir et de contemplation. Dans Wrapped in Love , les personnages émergent du tissu comme des esprits de la mémoire, les contrastes saisissants intensifiant leur présence. L’absence de couleur amplifie l’émotion brute, permettant à la texture et à la forme de devenir les principaux vecteurs du sentiment.

Au-delà de sa pratique personnelle, Carolyn Mazloomi s’engage à valoriser d’autres artistes textiles afro-américains. En 1986, elle fonde le Women of Color Quilters Network (WCQN), une plateforme dédiée à la préservation et à la promotion de la tradition du quilt noir américain. Sous sa direction, l’organisation met en avant des œuvres qui interrogent les récits dominants et célèbrent les héritages culturels. Son inspiration dépasse le cadre du quilt, puisant dans le jazz et le blues, où l’improvisation et le rythme font écho à la fluidité de son aiguille. Les points deviennent des notes, les motifs forment des mélodies de résistance et de souvenir.

En substance, l’utilisation des tons noirs et blancs par Carolyn Mazloomi transcende le choix esthétique ; c’est une stratégie délibérée pour engager le spectateur dans un dialogue sur l’histoire, l’identité et la résilience. Ses courtepointes ne sont pas de simples artefacts visuels, mais des récits cousus dans du tissu, chacun racontant une histoire qui contribue à la riche mosaïque de la culture américaine.